dimanche 17 décembre 2017

Dimanche poétique 332: Philippe Jaccottet

Idée de Celsmoon.


Tu es ici, l'oiseau du vent tournoie,
toi ma douceur, ma blessure, mon bien.
De vieilles tours de lumière se noient
et la tendresse entr'ouvre ses chemins.

La terre est maintenant notre patrie.
Nous avançons entre l'herbe et les eaux,
de ce lavoir où nos baisers scintillent
à cet espace où foudroiera la faux.

"Où sommes-nous?" Perdus dans le cœur de 
la paix. Ici, plus rien ne parle que,
sous notre peau, sous l'écorce et la boue,

avec sa force de taureau, le sang
fuyant qui nous emmêle, et nous secoue
comme ces cloches mûres sur les champs.

Philippe Jaccottet (1925- ), Œuvres, Paris, Gallimard/La Pléiade, 2014.

samedi 16 décembre 2017

Bertrand Baumann: notules, le retour

Bertrand Baumann – Encore des notules! L'écrivain fribourgeois revient avec un second tome de ces petites notes, ces papiers collés et collectés qui, mis bout à bout, dessinent les contours de l'existence d'un jeune septuagénaire dans le canton de Fribourg. "De rien, c'est-à-dire de tout": c'est un titre idéal, quelque peu ormessonnien (impossible de ne pas penser à "Presque rien sur presque tout") pour un recueil qui observe tant de thèmes, tantôt légers, tantôt graves, tantôt quotidiens, tantôt érudits, en quelques lignes rapides. 

Qu'on le dise d'emblée: celui qui a lu "Ecrit dans le vent", premier recueil de notules de Bertrand Baumann, se trouvera en terrain connu; il aura probablement à plus d'un moment une impression de déjà-lu. Reste que le monde familier dessiné par Bertrand Baumann demeure agréable, serein et sympathique pour qui veut s'y attarder pour une seconde fois.

Par rapport à "Ecrit dans le vent", les contributions au "Pen Club de Maude" sont sans doute la nouveauté la plus frappante. Elles sont diverses, comme peuvent l'être les notules, mais ont ceci en commun d'être plus développées que ces dernières: le lecteur découvre alors des réflexions philosophiques souriantes, ou même des poèmes inédits, sur des thèmes donnés. Avant de trouver place dans un livre, ces textes ont donc été lus en petit comité. Et l'intégration à un livre leur donne un supplément de pérennité. 

L'auteur évoque l'écrivain allemand Georg Christoph Lichtenberg et ses aphorismes, qu'il traduit vers le français, pour le plaisir. Ce faisant, il s'inscrit dans la tradition de cette œuvre, faisant à son échelle ce qu'a fait l'écrivain allemand avant lui. Et comme dans Lichtenberg, dans une certaine mesure, les fragments collectés sont divers: bouts d'histoires vécues au jour le jour et transfigurés par un regard neuf, réflexions sur le monde qui va. D'une certaine façon, il est aussi permis de songer aussi aux "Papiers collés" de Georges Perros.

Et au fil des pages, le lecteur fait la connaissance avec l'auteur et son petit monde. "De rien, c'est-à-dire de tout" a quelques traits communs avec un journal qui ne dirait pas son nom: le livre évolue de façon chronologique, et raconte la vie comme elle va. Le lecteur retrouve ici avec gourmandise les chats de l'auteur, observés avec de la tendresse et la conscience que ces animaux indépendants et malicieux ont quelque chose qui échappera toujours à l'humain. Dans "De rien, c'est-à-dire de tout", le chat sert par ailleurs régulièrement de regard extérieur, faussement naïf, sur la vie humaine. 

Le lecteur reconnaît aussi l'envie de discipline de l'auteur, constamment attaché à trouver une vie bonne, empreinte d'un sage détachement, d'une ataraxie en somme, construite patiemment au fil de réflexions sur soi-même et d'exercices de patience. Il trouve aussi la description de rêves scrupuleusement notés, étranges, peut-être indicateurs d'une vie cachée. "De rien, c'est-à-dire de tout" recèle aussi quelques réflexions volontiers impressionnistes sur l'activité de traduction, ainsi qu'un regard tranché sur le monde, critique en particulier envers l'économie de marché conçue comme délétère. 

Le style des notules, enfin, est soigné, reflétant l'ambiance d'une vie sereine et attentive aux petites choses, menée dans un village de Suisse. Et lorsqu'on le referme, le livre "De rien, c'est-à-dire de tout" laisse le goût d'une petite leçon de vie, plus riche que ne le laisse penser la simplicité toute modeste des textes réunis. Cette leçon est traversée par la poésie et par un recul sain, donnée par un retraité jeune d'esprit, correspondant enthousiaste de François Cheng et amateur de haïkus, qui apprend à prendre conscience des limites et des beautés de son statut de jeune septuagénaire. Et qui, même à cet âge, se pique de continuer d'apprendre "le métier de vivre", pour reprendre les mots de Cesare Pavese.

Bertrand Baumann, De rien, c'est-à-dire de tout, Vevey, L'Aire, 2017.

Le site de l'éditeur. Merci pour l'envoi!

jeudi 14 décembre 2017

Chloé et Constance: on ne peut s'en passer!

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Marie Vareille – Chloé à la fête, Constance pompette. Le ton est donné: "Je peux très bien me passer de toi" est un roman empreint de légèreté, et une excellente chick lit à la française signée Marie Vareille. Fêtes, amours, vie du bon côté, entre Paris, le Bordelais et Londres: le lecteur s'amuse au fil de péripéties exactement orchestrées. Quels sont les secrets d'un tel roman?

Avant tout, le lecteur se retrouve face à des personnages auxquels il croit, sans glamour excessif ni misérabilisme. Au bout de leur vingtaine, Chloé et Constance exercent à Paris l'un de ces "bullshit jobs" (comme dirait David Graeber) qu'on ne sait ni nommer ni expliquer. Au bureau ou ailleurs,  les amours vont bon train: si Chloé collectionne les aventures sans lendemain pour oublier un amour passé qui ne passe pas, Constance vit son "no sex land" depuis (trop) longtemps. D'où un pacte entre amies, qui oblige chacune d'elles à modifier radicalement ses habitudes: démission, déménagement, cours de drague, tout va y passer. C'est là que tout démarre.

Autour d'elles, l'écrivaine a la capacité de disposer des personnages masculins empreints d'humanité, bien mieux que les figures stéréotypées qu'on peut trouver ailleurs. Là aussi, ce sont des gens d'apparence banale, avec leurs qualités et leurs défauts, et l'auteure, en plus de les travailler plutôt en profondeur, a l'art de leur conférer un soupçon d'originalité. Ainsi, mettre un vigneron, Vincent en l'occurrence, dans un roman de chick lit, fallait oser! Cela permet à la romancière d'expédier l'un de ses personnages dans le Bordelais, donc en terre rurale – ce qui dépoussière radicalement les décors d'un genre littéraire a priori citadin. Et, accessoirement, suggère le rêve inavoué de campagne que peuvent avoir certaines gens des grandes villes – un avant-goût du syndrome de la chambre d'hôtes?

Concernant l'action, l'auteure voit grand et dissèque bon nombre de travers et caractères types de la société contemporaine. Ses personnages sont bien de leur temps, en effet: le SMS est un mode de communication prisé, les filles surfent sur Internet au bureau avec une discrétion toute relative, et les aléas des téléphones portables (batterie plate) font partie d'un quotidien dont, de façon plus générale, l'auteure identifie toutes les petites catastrophes avec finesse – jusqu'aux comptes en banque à découvert qui n'empêchent pas de jouer les accros du shopping.

Du côté des mentalités aussi, l'auteure la joue moderne: pour approcher un homme, les Parisiennes mises en scène n'hésitent plus à prendre l'initiative, ou en tout cas à vouloir le faire. A cet égard, si caricatural qu'il soit – il peut rappeler un banal cours d'affirmation de soi appliquée – le cours de séduction pour femmes en déficit assertif est évocateur. D'un autre côté, l'écrivaine sait mettre en avant des sentiments de toujours, l'amour mère-fille faisant écho aux sentiments qu'une femme peut avoir pour un homme, ou pas, ce qui donne des pages émouvantes, pas toujours faciles à vivre pour les personnages: le lecteur va se retrouver plongé tantôt dans un enterrement, tantôt dans un mariage en province qui vire au clash alcoolisé. Tout cela amène Chloé et Constance bien plus loin qu'elles ne l'avaient prévu...

Chick lit au sens noble, "Je peux très bien me passer de toi" est aussi, et cela lui donne de l'épaisseur, un roman où les générations se côtoient, du bébé de Charlotte (une jeune mère qui aime bien mener son monde) jusqu'aux aînés malicieux mais sages – sans oublier cette mère dont le seul regret, à sa mort, est de n'avoir pas terminé de lire "50 nuances de Grey". Tantôt journal, tantôt narration classique qui va vite, c'est aussi un roman porté par le rythme soutenu d'un verbe léger et pétillant, qui prête à sourire à plus d'une reprise, au fil de sorties qui claquent, de comparaisons hyperboliques qui soulignent en rouge (à lèvres) les petits désarrois et les petits bonheurs de Chloé et de Constance.

Marie Vareille, Je peux très bien me passer de toi, Paris, Charleston, 2015.

Le site et le blog de Marie Vareille, celui des éditions Charleston.



mercredi 13 décembre 2017

Opium, rude et désirable amant

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Etienne de Montety – La faim d'oubli hante "L'Amant noir", dernier roman de l'écrivain Etienne de Montety, directeur du Figaro Littéraire. Voyages, évasion, littérature et poésie, sentiments même, rien ne manque pour faire en sorte que peut-être, Fleurus Duclair, descendant d'officiers subalternes, échappe aux affres d'une enfance vécue auprès d'une mère absente et d'une expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale.

Mais c'est bien d'opium, avant tout, qu'il sera question, et l'auteur l'annonce dès son incipit: "Cette pipe, je l'ai achetée il y a longtemps dans une boutique de Stamboul." Première tentative, rémissions, retours: le narrateur, Fleurus Duclair donc, Versaillais donc pas tout à fait Parisien, relate à la manière d'une confession une relation intime avec une drogue qu'il considère comme une compagne, qu'il quitte un temps, puis retrouve avec avidité.

En mettant en scène le personnage de Fleurus Duclair, l'auteur s'abstient de tout discours moral sur la consommation de drogue, préférant présenter l'histoire de Fleurus et de l'opium comme une osmose, un vécu commun, avec ses exaltations et ses dommages: certes conscient du mal qu'il se fait en fumant, Fleurus Duclair préfère encore cela à l'abstinence. Quant à sa mort, ce n'est pas du chandoo qu'elle viendra... et de manière classique et appropriée, afin d'éviter une narration d'outre-tombe qui serait déplacée, c'est un article de journal qui l'annonce.

Les rémissions sont meublées par d'autres éléments susceptibles de porter l'oubli, notamment les missions militaires à l'étranger. L'auteur entraîner son lecteur en Turquie ou au Maroc, lieux porteurs d'exotisme. Il sacrifie aussi à la description de la frénésie des Années folles à Paris, lançant Fleurus Duclair et son épouse levantine Artémis Démétrios à l'assaut des établissements à la mode dans l'entre-deux-guerres.

Tout cela masque le mal de vivre d'un esprit poète fourvoyé dans l'armée, nourri qui plus est de culture allemande en un temps, celui des deux Guerres mondiales et de l'Occupation, où le Boche est l'ennemi. La poésie, et la littérature plus généralement, s'avèrent des exutoires séduisants, prometteurs d'une gloire que Fleurus Duclair que les champs de bataille lui ont refusé. Déçu par le monde de l'édition où il tente sa chance comme romancier avec un succès tout relatif (c'est pour l'auteur l'occasion de peindre un Georges Calmann-Lévy optimiste et sentencieux), Fleurus Duclair n'aura plus d'autre ressource que de vivre la littérature par procuration, en récitant des poèmes, seul ou éventuellement en compagnie d'un officier allemand.

La nostalgie, enfin, nimbe plus d'une page de ce roman, cette nostalgie que l'on cherche à faire taire, à oublier: il y a le théâtre et les réceptions pour la communauté d'expatriés français à Istanbul, et les chansons d'amour pour les militaires allemands en poste à Paris sous l'Occupation. A chacun son opium! Dans un style classique et soigné, l'écriture de "L'Amant noir" épouse au plus près les états d'âme d'un personnage qui s'observe et se livre sans faux-semblants, avec une franchise tantôt retenue, tantôt exaltée, trouvant dans son propre être diminué le meilleur des thèmes littéraires.

Etienne de Montety, L'Amant noir, Paris, Gallimard, 2017.


Egalement lu par Nicole Volle. 

lundi 11 décembre 2017

Comme venu d'Egypte, un hommage à San-Antonio

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Luc Doyelle – Une intrigue policière délirante, des enquêteurs brindezingues, des jeux de mots en cascade, un univers loufoque en un mot. Tel est le cocktail littéraire qu'a concocté Luc Doyelle pour son dernier roman, "L'Ennui du mort-vivant". Qu'on imagine, enfin: Lucius von Lucius, alter ego rêvé de l'auteur peut-être, se consacre à la thanatopraxie à ses heures perdues. Cela dit, le cadavre de ce roman va lui donner du fil (de suture) à retordre.


Plongeant dans l'Egypte actuelle, mettant en scène un grand vizir improbable, le prologue a quelque chose de déroutant. Au fil (dentaire) du roman, toutefois on comprend de quoi il s'agit: qu'on vole un parchemin rare, et le lien avec l'Egypte ancienne, celles des dieux et des parchemins improbables, est fait. Lien indispensable pour donner une assise au personnage du mort-vivant. Un mort-vivant qui semble avoir neuf vies... permettant à l'écrivain de générer avec succès un humour de répétition de bon aloi.

Certes, l'intrigue policière avance de manière étrange et un brin cahotante, son principe consistant davantage à amuser le lecteur qu'à lui faire découvrir les arcanes méconnus d'un commissariat d'une ville qui pourrait s'appeler Paris. Il est à relever qu'une partie non négligeable de l'enquête se passe au bistrot, un peu comme dans "Le Dragon de Gérimont" de Lefter da Cunha. L'amusement passe par des personnages hauts en couleur, parmi lesquels on relèvera la plantureuse Monica Beluga, qui aimerait bien se faire Lucius (qui refuse) et a un accent terrible et propice aux jeux de mots luxurieux. Le lecteur familier de l'écrivain reconnaît aussi des personnages et éléments venus d'autres romans, à l'instar de Nestor Boyaux ou de Kryptonite, dit "Le vrai con malté".

Jeu de mots, ai-je dit... L'auteur en est indéniablement friand, et prend plaisir à partager quelques bonnes blagues avec ses lecteurs, au fil (résorbable) du récit. Certaines ont un parfum de déjà-vu, empruntées qu'elles sont, le plus souvent, à San-Antonio – dûment cité en cours de roman, du reste. D'autres trouvailles verbales, plus originales, sont d'autant plus délicieuses. Cela, sans oublier les situations improbables, ni le jeu des notes de bas de page.

Plus qu'un polar à l'intrigue massive (même si celle-ci tient la route), "L'Ennui du mort-vivant" a donc tout d'un hommage à San-Antonio et à son inventivité verbale débordante. C'est aussi un roman qui a le sens du rythme et des dialogues (qu'on pense à ce geek qui joue au poker en ligne) et se lit aisément. Autant dire qu'au fil (d'Ariane) des pages, le lecteur va sourire plus d'une fois, voire éclater de rire, de bon cœur. Cela, jusqu'à la scène finale, qui se passe dans un crématorium...

Luc Doyelle, L'Ennui du mort-vivant, auto-édition, 2017.

Lu en partenariat avec SimPlement.pro; merci à Luc Doyelle pour l'envoi!

Ce roman a aussi été chroniqué par Au fil des livres, Gabrielle Viszs, JoeLes Yeux FertilesMcChipie, Sandra VoetSixte.

dimanche 10 décembre 2017

Dimanche poétique 331: Emile Verhaeren

Idée de Celsmoon.

Minuit blanc

Dalles au fond des lointains clairs et lacs d'opales, 
Pendant les grands hivers, lorsque les nuits sont pâles 
Et qu'un autel de froid s'éclaire au choeur des neiges !

Le gel se râpe en givre ardent à travers branches, 
Le gel ! - et de grandes ailes qui volent blanches 
Font d'interminables et suppliants cortèges 
Sur fond de ciel, là-bas, où les minuits sont pâles. 
Des cris immensément de râle et d'épouvante 
Hèlent la peur, et l'ombre, au loin, semble vivante 
Et se promène, et se grandit sur ces opales 
De grands miroirs. - Oh ! sur ces lacs de minuits pâles, 
Cygnes clamant la mort, les êtes-vous, ces âmes, 
Qui vont prier en vain les blanches Notre-Dames ?

Emile Verhaeren (1855-1916), Les bords de la route. Source: Poésie.Webnet.

mercredi 6 décembre 2017

Jusqu'en Bourgogne pour le secret d'un tableau

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Antoine Laurain – Et si vous, personne vivant au vingt et unième siècle, vous vous reconnaissiez trait pour trait sur un tableau peint au temps de l'Ancien Régime? Troublé par la ressemblance, vous aurez certainement envie d'en savoir plus... quitte à ce que cela remette toute votre vie en cause. C'est l'idée de départ du tout premier roman d'Antoine Laurain, "Ailleurs si j'y suis", paru en 2007. Heureux d'avoir pu en dénicher un exemplaire, c'est avec délice que je m'y suis plongé.


On constate déjà dans "Ailleurs si j'y suis" quelques éléments que l'on retrouvera dans les futurs romans de l'écrivain. Il y a d'abord un personnage aisé et installé dans un beau quartier parisien, en l'occurrence un avocat spécialisé dans le droit des brevets, Pierre-François Chaumont, amené à revisiter son passé.

Et surtout, il y a le goût des objets. Dans les romans les plus récents, ce sera un sac mauve ou un carnet rouge, ou une assiette avec une girafe peinte, ou le chapeau de François Mitterrand. Ici, c'est avant tout un tableau, un vieux portrait. Mais en donnant à Chaumont le tempérament d'un collectionneur compulsif, drogué des ventes aux enchères (ce qui vaut une scène excitante chez Drouot), l'écrivain s'offre l'occasion de décrire, en d'adroites esquisses, plus d'une curiosité, plus d'une antiquité un brin baroque.

Cependant, l'incertitude plane sur cette ressemblance, et le début paraît étrange, pour ne pas dire fantastique: seul Pierre-François Chaumont semble se reconnaître sur le tableau, son entourage la niant avec vigueur. Ce n'est qu'assez loin dans le roman que l'on connaîtra le fin mot de l'affaire, par un retournement de situation à la fois simple et astucieux, après un voyage qui révèle de premiers éléments sérieux au gré d'une belle scène de reconnaissance bien arrosée au cœur de la Bourgogne.

Les relations amoureuses viennent nourrir ce roman rapide. L'auteur se met dans la peau de son personnage principal pour dessiner les sentiments compliqués qu'il entretient envers son épouse, ainsi que la vie de couple enlisée qu'il connaît avec elle. Là aussi, il y a un secret à découvrir... Et la rencontre avec Mélaine parachève un changement de vie radical, fondé lui aussi sur sa part de secret.

Changer de vie, c'est ce qui arrive à plus d'une personne arrivée à la quarantaine, et c'est un tel virage que l'écrivain dépeint dans "Ailleurs si j'y suis". Le premier roman d'Antoine Laurain s'avère rapide et enlevé, pour le plus vif plaisir du lecteur.

Antoine Laurain, Ailleurs si j'y suis, Paris, Le Passage, 2007.


Le blog d'Antoine Laurain, le site des éditions Le Passage.