Bernard Chappuis – "Le Crime de la Divine" est indéniablement un roman policier littéraire, avec un fort tropisme théâtral. L'écrivain suisse Bernard Chappuis y explore la personnalité historique de Sarah Bernhardt, de retour au théâtre Kléber-Méleau de Lausanne sous la forme d'un personnage de théâtre appelé à côtoyer ses contemporains, tels Oscar Wilde, George Bernard Shaw, Arthur Conan Doyle ou Henry Irving. Tout commence lorsqu'un corbeau commence à écrire des lettres anonymes menaçantes à l'encontre de la trentaine de personnes qui vont rendre possible cette création théâtrale.
"Le Crime de la Divine" suit les détectives qui, mandatés par la comédienne qui joue Sarah Bernhardt, s'occupent de mener l'enquête. Regroupés au sein de l'agence Fell, les détectives sont pour le moins atypiques, à l'instar de Lilas Traymiro, spécialiste des crimes en chambre close façon Rouletabille ou de Julie Jeanneret, sa compagne, artiste peintre et hackeuse éthique. Et il faudra pas mal de culture générale et artistique pour trouver le fin mot d'une affaire marquée par un tableau mystérieux qui va conduire une enquêtrice à Venise. Cela, sans oublier un flair égal à celui de Sherlock Holmes – et les allusions à ce détective et à son univers, qui touche à la Suisse, sont nombreuses au fil des pages.
La description des lieux mêle avec adresse invention et réalisme. Si Venise est ainsi bien présente dans "Le Crime de la Divine", avec son déluge d'œuvres d'art, de beautés et de masques à décrypter, c'est dans une rue étroite d'un quartier inventé que se déroule l'une des péripéties inquiétantes de ce roman. Le théâtre Kléber-Méleau, en revanche, existe bel et bien à Lausanne, depuis de nombreuses années, et l'auteur en restitue une image fidèle – si mes souvenirs ne me trahissent pas: j'y suis allé à plusieurs reprises au temps où je préparais mon bac, ce qui date un peu. L'auteur va jusqu'à introduire dans sa narration un personnage qui existe réellement: Vanessa Lopez, médiatrice culturelle et guide au théâtre. Autant d'éléments réels qui confèrent de l'épaisseur à la représentation de ce lieu dans le roman et permettent au lecteur de s'y croire.
Jusqu'au dernier coup de... théâtre, le lecteur est invité à suivre une intrigue qui trouve ses réponses dans les références culturelles, essentiellement littéraires et picturales. Et il y a une indéniable jouissance à se plonger dans ces questionnements atypiques auxquels seules les œuvres d'art peuvent répondre. En complément de son roman, l'écrivain a jugé utile d'adjoindre un appendice et des dossiers thématiques où se trouvent les nombreuses références de créations littéraires, polars inclus, abordant les mêmes thématiques que "Le Crime de la Divine": Sarah Bernhardt, les beaux-arts, et même les chats. Si elles ont servi à l'auteur, gageons que ces références ne manqueront pas de titiller la curiosité des lecteurs. Et, subséquemment, d'allonger leur liste à lire...
Bernard Chappuis, Le Crime de la Divine, Lausanne, Favre, 2025.
Le site des éditions Favre.